Le grenier
(2003)


Hypothèse de restitution
retenue pour la réalisation
Ce projet de reconstitution d’un grenier sur le site du château d’Orville est fondé sur la base de nombreux plans de bâtiments à six poteaux plantés retrouvés de manière récurrente sur plusieurs sites d’habitats carolingiens d’Ile-de-France comme celui d’Orville.
Ces bâtiments à six poteaux, identifiés jusqu’à présent comme des greniers à plancher surélevé, sont caractérisés généralement par deux alignements parallèles de trois poteaux, de 25 à 30 cm de diamètre au sol, définissant un carré de 5 m de côté. La profondeur estimée de l’enfoncement des poteaux dans le sol est de 1 m. Si le plan et la distribution des poteaux de ces bâtiments sont désormais bien connus, aucune information n’est cependant fournie par la fouille concernant la structure charpentée des élévations, la hauteur des cloisons, l’inclinaison de la toiture, le type de ferme utilisée pour le comble, etc. L’objectif de la reconstitution est d’une part de tenter de retrouver les techniques d’exécution (assemblages, moyens de levage) qui permettent l’édification de tels bâtiments, et d’autre part, d’offrir de nouvelles propositions concrètes de restitution des élévations pour ce type de construction. La confrontation des données de fouilles (implantation et profondeur des poteaux, diamètre des bois, essence des bois) aux contraintes matérielles de la taille et du levage offrent en effet de nombreuses réponses, négatives ou positives, quant à la faisabilité de certaines restitutions. On constate en effet, lors du chantier, que la hauteur des poteaux, la nature des assemblages, le système de contreventement ou bien la forme des fermes sont conditionnés par des données inattendues comme la résistance des cordes, la force de traction disponible pour le levage, ou encore l’essence des bois sélectionnés en forêt et leur disponibilité.
Le chêne, fréquemment retrouvé dans les trous de poteaux sous forme de charbons de bois, a été choisi pour les pièces verticales, du fait de sa résistance à la charge (un étage chargé de grains). Il s'agit d'un bois à croissance lente, vieux de près de 130 ans pour un diamètre de 30-40 cm qui est celui reconnu archéologiquement. Le frêne a été choisi pour les parties horizontales (sommiers, sablières) du fait de sa solidité alliée à une bonne souplesse pour un poids moindre que celui du chêne. Le poids réduit de ces bois constitue un avantage indéniable sur le chêne pour le levage des pans de bois lorsque les moyens de traction sont limités. Noisetier et bouleau sont utilisés pour la confection de piquets et de clayonnage destinés à la réalisation des cloisons en torchis.
Les pièces ont été taillées, assemblées et chevillées au sol pour réaliser les deux pans de bois longitudinaux qui sont ensuite chacun levés d’un bloc. Le levage du premier pan s’est effectué dans un premier temps à l’aide de cales et de leviers pour arriver à une inclinaison suffisante pour engager les poteaux dans les avant-trous. Le levage a ensuite été complété par un système de cordages qui utilise un mat haubané pour le renvoi des forces de traction. Le second pan se sert du premier pan levé, haubané et calé dans ses trous, pour l’accroche des cordages. Une fois le levage terminé, les poteaux ont été réorientés pour rendre parallèles les deux pans de bois, avec calage des poteaux par des blocs si nécessaire. Dès lors, le comblement des trous a pu s’effectuer par tassement progressif des terres.

Levage du pan de bois
La prochaine campagne de construction prévue l’été 2004 verra la mise en place de la charpente du comble, la pose d’un plancher et en dernier lieu la pose d’une couverture en chaume et des cloisons en torchis.

Vue du chantier en octobre 2003

2005 (texte de Frédéric Epaud et Mélanie Simard)

Etalement des gerbes de roseau disposées en degrés

La reconstitution du grenier carolingien, commencée en 2003, d’après le plan à six poteaux relevés lors de la fouille du site d’Orville (réalisée en 1999 à 50m du lieux choisi pour l’expérimentation), s’est poursuivit cette année avec l’habillage des murs et du sol en torchis, la constitution des murs pignon ainsi que la couverture de la charpente. La première étape a constitué à effectuer le sol en torchis ancré sur les perches placées jointivement et donnant l’élasticité nécessaire au sol.
Les murs pignons on été constitués d’une paroi en clayonnage très serré. Cette hypothèse de restitution a été proposée dans un souci de laisser l’air circuler offrant une aération nécessaire aux lieux de stockage tout en empêchant l’entrée d’animaux et notamment de volatiles.
Pour la couverture du toit deux possibilités s’offraient à nous dans le choix des matériaux: le seigle ou le roseau. La présence d’une zone marécageuse au sud-ouest du site et par ailleurs, la plus grande facilité à se procurer du roseau que de la paille de seigle nous a incité à préférer le premier. En l’occurence il s’agit de roseau de Seine provenant de la région de Honfleur.
Le travail de pose du chaume s’est fait par équipe de deux : une personne situé à l’extérieur afin de positionner correctement les bottes de roseaux. Une autre à l’intérieur afin de les ligaturer.

Le lien en lin est passé dans l'épaisseur de la gerbe
à l'aide d'une navette, puis noué

Le travail de ligature s’est fait à l’aide d’une navette, taillée dans un bois souple, pointue à une extrémité et percée d’un trou à l’autre afin d’y faire passer la corde. Les bottes de roseaux étaient ainsi liées aux pannes avec de la corde de lin.
Les liens ont été confectionnés en lin, plante dont les taxons et les graines sont présents dans les contextes archéologiques du site. L’approvisionnement a été effectué auprès d’une filature de la région de Dieppe sous la forme de grosse bobines de ficelle brute.
L’épaisseur de la couverture et donc la consommation de roseau ont été adaptés à la technique de pose et de ligature une épaisseur d’environ 15 cm.
Sur le premier pan de toit couvert, les bottes ont été placées en dégradé de façon à obtenir une surface homogène, alors que sur le deuxième pan un autre mode de pose a été testé.
En effet les premières observations ont montré que le premier mode de pose des bottes pouvait éventuellement générer des problèmes à la longue. Le dégradé diminuant l’épaisseur couvrant les ligatures, amenuisait l’efficacité de protection des liens de la pluie.
Or dans le second cas, qui consiste à poser chacune des bottes uniformément ; c'est-à-dire d’une semblable épaisseur et sur une même rangée de sorte que l’on ait un aspect en escalier, les bottes recouvrent les liens de la totalité de leur épaisseur et les protègent ainsi mieux des intempéries.
Le faîte du toit a été recouvert de torchis afin de le protéger. Une plante grasse : la joubarbe des toits (sempervivum tectorum) a été plantée sur le faîtage afin le maintenir et de réguler l’humidité.
La pose du chaume a occupé deux équipes de deux pendant deux mois.

Fabrication du faîtage en torchis et plantation de la joubarbe
Il est donc facile de supposer que plusieurs individus avec une certaine expérience pouvaient réaliser ce travail dans un délai plus court. Une part ce ce temps ayant été consacré à la formation des stagiaires, dont plusieurs se sont relayés sur le toit. La consommation en roseau a été de vingt à vingt-cinq gerbes par rangées pour quatorze rangées par côté du toit.
Au total, sept cents gerbes auront été nécéssaires pour cette toiture.
Cette expérimentation tente de répondre à des questions telles que la quantité de roseau nécessaire à la couverture d’une telle surface, les techniques de pose du chaume et la durée de vie d’une telle construction.





